Dépistage cytologique du cancer du col de l’utérus : L’expérience de dépistage organisée en Isère. Dr Anne Garnier, Médecin directeur ODLC

 

L’Isère est  depuis 1991, site pilote pour le dépistage organisé des cancers du col de l’utérus (DOCCU) et applique depuis 2009, le cahier des charges national en suivant toute la population de 25 à 65 ans pour ce dépistage, soit environ 334 000 femmes.

L’Office De Lutte contre le Cancer (ODLC), est la structure chargée par les financeurs, Assurance maladie et État, de ce programme de Santé publique.

Le cahier des charges national prévoit que soient invitées les femmes n’ayant pas réalisé de frottis depuis plus de 3 ans, et de recueillir et de suivre la totalité des frottis faits à titre de dépistage.

Pour mener à bien ses missions, l’ODLC reçoit d’une part des fichiers de l’assurance maladie (fichier de bénéficiaires et de remboursements des actes de frottis) et d’autre part des fichiers en provenance des cabinets de pathologie,

avec les résultats des frottis et biopsies pour les femmes de l’Isère[1]. La classification utilisée pour coder les frottis et transmise à l’ODLC est la classification ADICAP.

Chaque année environ 50 000 femmes sans frottis récent sont invitées. Dans ce cas, le frottis est pris en charge à 100%. Pour la période 2013-2015, 22.6% des femmes invitées ont réalisé un test de dépistage dans les 12 mois suivant l’invitation.

En terme de couverture à 3 ans, l’apport du dépistage organisé est d’environ 10 points et permet d‘obtenir un taux de couverture autour de 70%, le meilleur taux en France avec l’Alsace, autre site pilote ancien.

L’ODLC recueille tous les frottis réalisés par les femmes résidant en Isère et doit s’assurer que les examens anormaux font bien l’objet d’une prise en charge médicale. Près de 100 000 frottis sont recueillis chaque année. Ils ont été prélevés par un gynécologue pour 74% des cas, par un généraliste pour 22% des cas et par une sage femme pour 3% des cas, part qui est en forte progression. Le taux d’examens positifs (5.2% dans la période) est en augmentation depuis 5 ans, avec une progression des frottis ASCUS. Environ 4000 frottis avec des anomalies font l’objet d’un suivi, qui amène l’ODLC à adresser quelques 5000 bordereaux de suivi aux praticiens correspondants, ainsi qu’aux patientes.

Pour l’année 2013, actuellement clôturée, 13 cancers malpighiens invasifs et 14 adénocarcinomes ont été découverts suite aux frottis de dépistage, ainsi que 226 lésions intra-épithéliales de haut grade. Plus d’un tiers de ces lésions présentaient des anomalies bénignes au niveau du frottis initial, ce qui atteste de la nécessité de suivre avec vigilance tous les frottis anormaux, et l’intérêt du dispositif mis en place. Le recueil montre en effet que de nombreux parcours de suivi sont incomplets. La simplification des recommandations de prise en charge des frottis anormaux publiée par l’INCa en 2017 va peut-être contribuer à un meilleur suivi.

Perspectives

Le Ministère de la Santé a décidé de généraliser le DOCCU à la France entière en 2018 sous un mode régional. L’ODLC, en association avec l’ARDOC-ABIDEC, site pilote en Auvergne, constitue la structure de coordination et apportera son expertise pour le démarrage du programme dans l’ensemble de notre nouvelle région Auvergne Rhône Alpes.

[1] Ces échanges ont obtenu l’accord de la CNIL et ont reçu l’aval du conseil national de l’ordre des médecins, sous réserve d’une information individuelle des femmes.